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Maroc-France : une élimination, mais des questions qui persistent

Par EL BARHRASSI Meryem -le

Maroc-France : une élimination, mais des questions qui persistent
La France n’a pas volé sa qualification face au Maroc. Les Bleus ont été les plus forts. Mais une fois le coup de sifflet final donné, une autre question s’est invitée au cœur des débats : celle de l’équité de l’arbitrage. Des décisions litigieuses ayant émaillé plusieurs rencontres de cette Coupe du monde relancent un débat devenu récurrent. Au-delà du cas marocain, c’est la crédibilité de l’utilisation de la VAR et l’égalité de traitement entre les sélections qui se retrouvent aujourd’hui sous les projecteurs.

Il serait intellectuellement malhonnête d’attribuer l’élimination du Maroc au seul arbitrage. Pendant quatre-vingt-dix minutes, la France a été supérieure dans tous les compartiments du jeu. Plus intense, plus précise, plus réaliste, elle a logiquement décroché son billet pour les demi-finales. Les Lions de l’Atlas, eux, n’ont jamais retrouvé le niveau de maîtrise qui avait fait leur force depuis le début du tournoi.

 

Pour autant, reconnaître la supériorité des Bleus ne signifie pas renoncer à poser les questions qui dérangent. Car, une fois encore, l’arbitrage laisse derrière lui un sentiment d’inachevé. Non pas parce qu’il aurait changé à lui seul le destin de la rencontre, mais parce que certaines décisions continuent d’alimenter une impression devenue difficile à ignorer : lorsque les situations sont sujettes à interprétation, elles semblent trop souvent tourner à l’avantage des grandes puissances du football.

 

Le premier épisode intervient dès la première période. L’arbitre Facundo Tello accorde un penalty à Kylian Mbappé après un duel avec Noussair Mazraoui. Les images nourrissent pourtant le doute. Plusieurs ralentis donnent le sentiment que l’attaquant français amorce sa chute avant le contact. Après vérification vidéo, la décision est confirmée. Heureusement pour le Maroc, Yassine Bounou repousse la tentative de Mbappé et maintient les siens dans le match.

 

Quelques minutes plus tard survient l’action qui nourrit aujourd’hui l’essentiel des débats. Avant l’ouverture du score française, plusieurs joueurs marocains s’arrêtent, convaincus qu’Adrien Rabiot a touché le ballon de la main au départ de l’action. L’arbitre laisse jouer. La VAR ne demande aucune révision. Plus surprenant encore, les téléspectateurs ne bénéficient pratiquement d’aucun ralenti permettant d’éclairer cette séquence. Dans une compétition où chaque décision est disséquée sous tous les angles, cette absence d’images interroge autant que la décision elle-même.

 

Le souvenir du Mondial 2022 refait alors immédiatement surface. Déjà face à la France, les Marocains avaient quitté la demi-finale avec le sentiment que certaines situations litigieuses, notamment sur Sofiane Boufal, n’avaient jamais été véritablement examinées. Quatre ans plus tard, la sensation d’incompréhension demeure.

 

Mohamed Ouahbi a d’ailleurs choisi la retenue. Le sélectionneur marocain n’a jamais cherché à remettre en cause la qualification française. Il s’est simplement interrogé sur l’action qui précède le premier but. « Le but vient d’une action avec un ballon partagé. Certains s’arrêtent parce qu’ils voient une main. Il y a une main. Je ne sais pas si elle doit être sifflée ou pas », a-t-il déclaré, laissant chacun libre de son interprétation.

 

Le problème dépasse pourtant largement le cas marocain.

 

Depuis le début de cette Coupe du monde, les contestations se sont accumulées sur plusieurs terrains. L’Égypte estime avoir été privée d’une qualification face à l’Argentine après un but refusé, un penalty non accordé et une faute oubliée avant le but décisif adverse. La fédération égyptienne est même allée jusqu’à demander officiellement à la FIFA d’écarter l’arbitre François Letexier du reste de la compétition.

 

La Croatie a dénoncé l’utilisation du ballon connecté après l’annulation d’un but contre le Portugal pour un contact imperceptible détecté par la technologie. L’Algérie s’est interrogée sur l’absence d’expulsion de Lionel Messi après une intervention dangereuse sur Aïssa Mandi. L’Équateur a contesté la validation d’un but allemand précédé d’une faute évidente. Le Ghana et le Sénégal, eux aussi, ont quitté la compétition avec le sentiment que plusieurs décisions majeures ne leur avaient pas été favorables.

 

Pris séparément, chacun de ces épisodes peut naturellement donner lieu à des lectures différentes. C’est aussi ce qui fait la complexité du football. Mais lorsque ces situations se multiplient au sein d’un même tournoi, lorsqu’elles concernent régulièrement les mêmes catégories de sélections et lorsque les explications officielles restent limitées, le débat cesse d’être anecdotique.

 

La question n’est plus de savoir si telle ou telle décision était juste à cent pour cent. Elle porte désormais sur la cohérence du recours à la VAR. Pourquoi certaines actions sont-elles revues durant plusieurs minutes quand d’autres échappent totalement au contrôle vidéo ? Pourquoi certaines fautes sont-elles disséquées image par image tandis que d’autres disparaissent presque instantanément de l’écran ? À défaut de réponses claires, les soupçons trouvent naturellement un terrain fertile.

 

Depuis plusieurs années, les fédérations africaines réclament davantage de transparence dans le fonctionnement de l’assistance vidéo, une harmonisation des critères d’intervention et une égalité de traitement entre toutes les sélections, indépendamment de leur statut ou de leur histoire. Le Mondial 2026 montre que ces interrogations restent entières.

 

Le Maroc n’a pas perdu contre la France à cause de l’arbitrage. Les Lions de l’Atlas ont été dominés par une équipe plus forte ce soir-là. Les deux constats peuvent parfaitement coexister. Mais cette réalité sportive ne doit pas empêcher d’ouvrir une réflexion plus large sur la manière dont les décisions arbitrales sont prises, expliquées et perçues.

 

À mesure que la technologie progresse, l’erreur humaine ne disparaît pas. En revanche, l’exigence de transparence, elle, ne cesse de grandir. C’est désormais le véritable défi de la FIFA. Car au-delà des résultats, c’est la confiance des joueurs, des fédérations et des supporters dans l’impartialité de la compétition qui est en jeu. Et sans cette confiance, aucune innovation technologique ne pourra préserver durablement la crédibilité du football mondial.


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